Nous appréhendions un peu cette transition Inde – Nouvelle-Zélande sans trop
savoir à quoi nous attendre. Fallait-il d’ailleurs s’en faire une image quelconque, l’Inde est tellement disparate et véhicule autant d’idées reçues ! Bombay est présentée comme une Bombe
démographique. Mais cette définition ne nous parle que de chiffres bruts (un rapport natalité/mortalité) mais qui font tout de même froid dans le dos, avec une estimation à 27 millions
d’habitants en 2015… Qu’en dire ? Comment décrire ce qui est difficile à voir, à regarder, à se confronter ? Notre premier choc est tout d’abord la chaleur étouffante. Apres une
Nouvelle-Zélande où les nuits étaient de plus en plus fraîches, nous retrouvons la chaleur de l’été indien, écrasante et suffocante. Même si Bombay se trouve donner sur la mer d’Oman, faisant de
sa baie un port incontournable, la brise marine ne parvient à atténuer les Cº. Il faut y rajouter la poussière, omniprésente, qui se dépose et s’incruste. Les arbres en perdent de leur couleur
verte. Et surtout le bruit est continuel dû à la densité de circulation qui ne cesse d’augmenter avec des voitures individuelles de marque Tata
made In India de la classe moyenne, côtoyant les nombreux taxis ambassador, et où le klaxon remplace le clignotant.
Mais le 2ème et véritable choc, c’est la misère. Une ville, une mégalopole qui semble laissée à l’abandon, ses immeubles et ses habitants avec. La nuit tombée, des familles entières, mais
surtout des femmes et leurs enfants, s’endorment sur les trottoirs de Church Gate ou de Victoria. Nous rencontrons un français se rendant régulièrement à Bombay depuis 25 ans. Selon lui,
des choses s’améliorent (l’air y est plus respirable notamment depuis que tous les taxis roulent au gaz) et des choses empirent comme la misère, si
cela est encore possible ! Peut- on avoir encore moins que rien ? Car le système de castes et la religion hindouiste figent un état de misère pour toute une vie, pour tes enfants, pour
tes réincarnations… Où est l’issue ? Ce français nous dit qu’a Bombay, on y croise le plus lumineux comme le plus sombre. Nos 2 premiers jours, toujours sous le choc, nous n’y voyons que la
noirceur de cette ville. Jamais saleté, pollution et misère ne se sont accommodées avec autant d’aisance et de résignation. 
Nous essayons de changer notre regard, non pas s’habituer mais c’est aussi une des fonctions du voyage, c’est « faire un mètre ou deux, s’arrêter et regarder de nouveau un nouvel aspect
des mêmes choses, Alain ». On prête plus attention aux gens, aux sourires échangés notamment entre Mint Rd et Murzbard Rd remplies de
petits étales. Une lueur mais toujours pas lumière… On quitte Bombay pour prendre un peu de repos car nous prenons aussi conscience qu’il faut appréhender ce pays, reposé, ce que nous ne sommes
pas, après 2 mois à sillonner les routes d’Océanie.
Nous partons donc pour Goa, et après 2 mois d’autonomie en voiture, nous
reprenons les transports en commun, toujours avec autant d’appréhension au vue de la réputation des conducteurs Indiens. Nous prenons donc la route de nuit pour Magdaon et ensuite Colva
Beach ; une envie de repos, de calme, de vert. Nous mettons 3 heures à quitter réellement l’agglomération de Bombay dont 2 heures de circulation effrénée, d’immeubles délabrés, de
bidonvilles…que les couleurs bigarrées des saris tentent d’égayer. Tout manque, l’électricité et l’eau sont des denrées rares : femmes et enfants portent bidons et seaux le long de la route
acheminant l’eau du puits à leur abri de fortune.
Enfin après 18 h de bus, un peu sous tension, nous arrivons dans l’état de Goa,
ancienne enclave portugaise jusqu’en 1961. Nous voyageons d’ailleurs avec « Paulo Jésus », Alléluia ! Puis nous posons nos sacs sur Colva Beach et trouvons un vrai havre de paix
pour nos 6 jours de farniente. Colva se trouve au sud de Goa, un peu moins fréquenté que sa côte Nord. Toutefois, c’est une vraie station balnéaire où se côtoient touristes étrangers et
Indiens. Dans un jardin entretenu, bordé de cocotiers, cochons et vaches tentent de trouver quelques brins d’herbe à brouter, nous coulons des heures paisibles. Ca construit un peu à tout va et
notre petit Eden sera vite encerclé de complexes touristiques, déplaçant les paillottes de pécheurs. 
On en profite tout de même, on dort, on se gave de fruits gorgés de soleil. Nous nous baladons sur la plage avec un footing matinal chaque jour, histoire de garder la forme. Seule excursion en
dehors de l’enceinte du village, nous nous rendons au marché de Magdaon, La Ville. On nous réserve un excellent accueil, peu de touristes ont dû arpenter ces étales. A juste titre, car il n est
pas des plus aisés à trouver, il faut suivre les sacs et paniers sur la tête… Nous repartons nous aussi chargés comme des mules, paniers remplis de fruits et légumes à des prix défiants toute concurrence. Ca y est, nous prenons notre rythme. Mais il nous faut déjà partir et nous nous préparons à affronter les 40h de train
reliant Magdaon à New Dehli. On retrouve l’ambiance de nos périples chinois ou indonésiens : échanges, animation et curiosité à notre encontre. Les gares se succèdent et se
ressemblent : elles sont toujours aussi animées quelque soit l’heure mais toujours aussi sales. La poubelle se résume essentiellement aux voies de chemin de fer. Nous testons aussi les
différents puris et chapatis à chaque arrêt, et le service de restauration du train propose d’excellents plateaux à moins d’1 €.
Un trajet qui se passe plutôt tranquillement. Nous arrivons à New Dehli, présentée comme un peu plus vivable que Bombay. Il y fait déjà bien moins
chaud, et ses artères de circulation plus larges donnent à la ville un aspect plus aéré. Nous nous sentons déjà plus à l’aise. Mais il nous faut déjà nous enfermer dans notre hôtel en raison du
Holi Day. Cette fête populaire du Nord de l’Inde célèbre la fin de l’Hiver et le début du Printemps. Le principe est très simple. La veille du Holi Day, on se jette juste de l’eau, et autant dire
que les touristes sont la cible favorite des enfants. Mais les choses sérieuses commencent dès le lendemain matin où les bombes à eaux sont remplacées par des seaux … de poudres colorées. Avec un
peu d’eau tout de même, histoire de bien accrocher la coloration. Les Indiens jouent donc des balcons et des toits jusqu’en dans les rues à se jeter ces potions colorées. Presqu’indélébiles, ces
poudres colorent murs, sols, cheveux et vêtements de manière tenace. Interdiction formelle de sortir donc, à moins d’être un peu maso. Il faut même être vigilant si l’on tente d’observer ces
scènes depuis ses fenêtres, car dans les ruelles de Pahar Ganj, il y a toujours une autre fenêtre d’où sera tiré un projectile coloré.
Nous avons tout de même le temps de prospecter quelques agences de location de voiture avec chauffeur, pour le Rajasthan, en vue de l’arrivée de Chantal et Patrice Le Calvé le 26 mars. Nous les attendons avec impatience après 8 mois de voyage et allons consacrer les 4 prochains jours à peaufiner leur séjour avec une attention toute particulière pour le logement, préoccupation principale de Patrice.