Dimanche 13 avril 2008

Voila le moment tant attendu après 8 mois de Skype et de mails, Chantal et Patrice Le Calvé nous rejoignent en Inde. Le rêve de Chantal, que notre voyage a poussé à la réalité. A bord de notre Ambassador, LA voiture indienne par excellence, nous allons les chercher à l’aéroport de Dehli – direction Agra- sans attendre une minute de plus. Le Rajasthan nous attend et cette première étape aux portes de cette province n’est pas des moindres, car Agra renferme le fleuron des monuments en Inde, avec 15 000 visiteurs quotidiens en haute saison. Le Taj Mahal se visite tôt le matin afin de laisser la lumière douce du début du jour englober petit à petit ce monstre de finesse. La légende veut que ce mausolée ait été construit en l’honneur de la femme du Maharadjah Shah Jahan, morte subitement, Muntaz Mahal, d’ où son nom. Il est vrai que cet édifice colossal ne démérite pas sa popularité. Fait uniquement de marbre blanc, avec des incrustations de pierres précieuses ou semi-précieuses, le Taj Mahal laisse admiratif de ce travail de 20 000 hommes, en seulement 20 ans, au 17eme siècle.


Le long de la Yumana, traversant Agra, se dresse aussi le Fort Rouge, mélangeant marbre blanc et grès rouge, caractéristique des forts du Rajasthan et de l’empire Moghol. Mais avant de plonger dans la culture et l’architecture Rajputes, nous emmenons Chantal et Patrice découvrir l’Inde d’aujourd’hui dans les rues d’Agra. Fraichement débarqués de l’aéroport, nous décidons de nous balader dans les rues et sur le marché d’Agra, exemple parfait des villes indiennes ; bruits, circulation tonitruante, klaxons incessants, des rues où vaches, chameaux, rickshaws, voitures, vélos tentent d’avancer. Ordures sur le trottoir, chiens errants, singes voleurs, tous cohabitent. Et c’est les yeux ronds, éberlués, que nos hôtes découvrent cet autre monde.

Tous les sens sont sollicités : le vue, l’ouïe, l’odorat et le sens de l’orientation dans le dédale des ruelles. Et puis il faut aussi accrocher fortement son cœur et ses tripes, car la mendicité fait partie intégrante et quotidienne d’un voyage en Inde : lépreux, infirmes, enfants, femmes… Il faut pourtant dire Non, ne pouvant donner à tout le monde, tout le temps. Difficile de faire la part des choses entre le malheur et son commerce, en donnant à un enfant qui devrait être à l’école ce que son père gagne en une journée. Triste dilemne !

Transition difficile mais notre voyage ne s arrête pas à Agra et malheureusement, la misère non plus. Nous continuons donc vers Fatehpur Sikri pour sa vieille ville puis nous nous arrêtons à Bharatpur. Un moment de calme dans une réserve d’oiseaux, un parc National où nous nous baladons en vélo/rickshaw afin d’observer quelques oiseaux migrateurs. Mais la sécheresse inquiétante des marais laissent seulement la possibilité d’entr’apercevoir quelques spécimens : oies de Mongolie, Grues de Sibérie, Marabout et Ibis… Malgré la volonté de réapprovisionner en eau cette réserve, le désastre écologique semble poindre, et même un nouveau projet de pipeline d’eau provenant d’autres districts semble bien utopique pour sauver ce qu’était l’une des plus grandes réserves d’oiseaux migrateurs au Monde. Une prise de conscience de la valeur de l’eau, en Inde comme partout dans le Monde !

Nous rentrons alors dans la province du Rajasthan avec la ville de Jaipur avec son Palace toujours occupé par la famille du Maharadjah. Mais l’on va à Jaipur surtout pour l’Amber Palace, perché sur sa falaise et surplombé par la forteresse de Jaigarth. On peut y accéder à dos d’éléphants. La forteresse de Jaigarth servait de repli en cas d’attaque du Palace. Notre chauffeur, Suresh (prononcer sourice) nous conduit ensuite à Udaipur, ville bordant le lac Pichola où est érigé en son centre le palais du Maharadjah, converti en hôtel de Luxe. Notre hébergement, sans être luxueux, n’en est pas moins très coquet : un magnifique Haveli avec des peintures originales dans chaque chambre. Nous profitons d’être au cœur de la ville blanche pour nous déplacer à pieds dans ses ruelles, écouter et voir des chants et danses rajputes au Bagore Ki Haveli et se recueillir au temple vishnouiste Jagdish.

Sur la route de Jodhpur, nous attendent les sites de Khumbalgarh et Ranakpur. Khumbalgarh est une forteresse immense (l’une des plus grandes du Rajasthan) perdue au milieu de nulle part. Un édifice monstrueux avec ses tourelles ventripotentes et totalement inutilisées. Seules quelques maisonnées subsistent dans son enceinte, entourées de temples bien conservés, mais les alentours désertiques interrogent sur les raisons de cette construction. Poursuivant notre chemin, nous découvrons avec admiration le temple Jain d’Adinath à Ranakpur, fait de marbre blanc et d’un raffinement exquis. Pour faire court car cette religion est complexe, les Jains sont non-violents et sont strictement végétariens, prônant l’égalité de toute vie (ils ne mangent pas après le coucher du soleil pour ne pas avaler de bêbêtes par inadvertance). Ils ne sont que 4 millions en Inde mais sont très respectés de la population.

Nous arrivons ensuite à Jodhpur, la ville bleue, couleur que revête la plupart des maisons, à l’origine pour signifier l’appartenance du propriétaire à la caste des brahmanes. Tradition qui perdure aujourd’hui encore, sans forcement de lien avec la caste du maitre de maison. La forteresse de Mehrangarh (on dirait un nom tiré du Seigneur des Anneaux, ça devient obsessionnel !) est sûrement l’une des plus intéressantes que nous ayons visité. Tout d’abord par ce que les collections présentées sont riches et variées et surtout parce qu’un audio guide fournit des informations multiples et précises sur l’architecture du Palais, le mode de vie des Maharadjahs, et plus largement sur la société indienne de l’époque. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de nous balader dans la ville en raison d’une tempête de sable, suivie d’un orage. Cela nous rappelle que nous sommes aux portes du désert de Thar, étape suivante de notre périple vers Jaisalmer, non loin de la frontière pakistanaise. Et qui dit désert, dit chameau ou plutôt dromadaire (1 bosse) et balades nonchalantes sur leur dos dans les dunes de Khuri. Un Camel Safari que Patrice attendait avec impatience et surtout un moment de calme et de bien-être avec nos montures gracieuses mais pas toujours aimables.


 Nous initions même nos jeunes chameliers aux joies du Freezbee. Nous sommes seuls dans l’hôtel aux portes du désert, un vrai moment de repos avant le retour à la ville. Jaisalmer fut une ville de passage des caravanes  d’épices, d’indigo et d’opium (le pavot est toujours cultivé en Inde à des fins thérapeutiques… enfin c’est ce que l’on nous a dit !!!). Elle fut donc une ville riche que traduit son architecture dans les ruelles de la vieille ville. Mais le manque d’entretien ainsi qu’une sur-utilisation d’un système d’irrigation, mettent sérieusement en péril cet ensemble.

Nous bouclons notre tour dans le Rajasthan par la région du Shekhawati, avant de retrouver les turpides de la capitale. Nous nous arrêtons à Nawalgarh,  connus pour ses Havelis du début du 20ème siècle périclitant malheureusement dans une indifférence presque totale. Quelques Havelis ont bien été restaurés mais c’est toute la ville de Nawalgarh qui devrait mettre en œuvre un projet de rénovation. Les Havelis sont des maisons ayant appartenues à de riches marchands, profitant des caravanes du Désert. Leur particularité est d’être totalement peinte de fresques murales retraçant des scènes religieuses ou de la vie quotidienne.


Dans les ruelles de Nawalgarh, des dizaines et des dizaines d’Havelis sont laissés à l’abandon. Nawalgarh est aussi le lieu d’une rencontre avec une association Asha Ka Jharna aidant les enfants physiquement et mentalement déficients. Une équipe solide et une organisation excellente avec qui les enfants semblent s’épanouir. Cette structure a reçu jouets et nounours de Chantal et Patrice, venus en Inde avec un sac remplis de présents. Un moment d’émotion et de partage en toute simplicité…
Voila qui concluait parfaitement ce tour du Rajasthan. Mais à la demande de Chantal, une visite en Inde ne pouvait être complète sans participer aux fameux ghâts dans le Gange. Ne pouvant nous rendre à Bénarès, nous filons en train (expérience tout aussi essentielle pour appréhender l’Inde) vers Haridwar. Car, si les hindous vont mourir à Bénarès, ils font absolument pèlerinage aux sources du Gange, c'est-à-dire Haridwar. Une ambiance familiale et joyeuse nous attend sur Har-Ki-Pairi, ghât sacré ou hommes, femmes et enfants se purifient dans la joie et les rires. La cérémonie du feu, sous les chants des pèlerins, reste un moment fort de notre périple, de part l’accueil des indiens et de l’intensité de la cérémonie que chaque Hindou fut heureux de partager avec nous.

Enfin un dernier tour dans Main Bazar et Pahar Ganj pour les souvenirs. Plus de 2 semaines passées à toute allure dans un pays qui ne peut laisser indifférent et dans un Rajasthan des milles et unes nuits. Nous continuons toujours notre route et accueillons Marie France pour un bol d’air pur dans l’Himachal Praddesh. 

par debocedric publié dans : Inde
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