De nouveau de retour à Dehli, nous attendons Marie-France qui vient nous rejoindre pour la 2eme fois. Initialement, nous devions partir au Népal mais les événements entourant les élections à l’Assemblée Constituante, déjà repoussées (tensions, violences, attaques à la bombe…), couplées aux revendications et protestations des refugiés tibétains, nous ont fait changer nos plans. Nous partons pour un trek dans l’Himachal Pradesh sur les abords de la chaine Himalayenne. Mais tout d’abord, nous devons patienter quelques heures. Les correspondances de Marie-France à Londres n’ont pas fonctionné, faute de retard. Et après une nuit d’anxiété dans la capitale anglaise, nous la retrouvons à Dehli, rassurée de voir nos minois à la sortie de l’aéroport. Elle découvre alors l’Inde de plein fouet, et comme Patrice et Chantal, est troublée par la saleté, la circulation assourdissante et la chaleur suffocante. Nous visitons le fort Rouge d’Old Dehli, datant de l’apogée de la puissance Moghole au milieu de 17eme siècle. Il demeure un lieu politique important car chaque 15 aout, date anniversaire de l’indépendance, le Premier Ministre s’y exprime de ses remparts. Nous profitons des ruelles d’Old Dehli pour nous rendre à la Jama Masjid (grande mosquée), construite à la même période que le Red Fort par Shah Jahan, dans les mêmes matériaux de grès rouge et marbre blanc.
Un peu plus tôt dans la saison pour amorcer un trek dans l’Himachal, nous prenons une semaine pour découvrir et faire découvrir à Marie-France une Inde, berceau des religions. Majoritairement hindouiste, où s’y mêlent tout de même islam et christianisme, l’Inde n’en demeure pas moins un pays où bon nombre de religions y ont vu le jour : jainisme, bouddhisme, sikhisme… Certains subsistent encore mais ne se sont pas étendus à des pays limitrophes, alors que d’autres, le Bouddhisme par exemple, y ont vu le jour, s’exportèrent mais ne s’y implantèrent pas.
Notre première étape nous emmène en train de nuit (une expérience en
soi), à Amritsar, lieu de pèlerinage Sikh dans son Temple d’Or, proche de la frontière pakistanaise, dans la région du Pundjab. Nous découvrons d’ailleurs dans la ville elle-même des processions
de Sikhs venus en pèlerinage dans leur ville sainte. Développé par le Gourou (« guru ») Nanak entre le 15eme et le 16eme siècle, le sikhisme tente la réconciliation entre les hindous et
les musulmans.
Une sorte de syncrétisme prônant l’adoration d’un seul Dieu (monothéiste comme l’Islam), mais admettant aussi le principe de réincarnation. Il récuse néanmoins le système de castes. L’Egalite, la
Fraternité et la Charité sont au cœur de cette religion et au sein des temples sikhs, un Langar, cuisine-réfectoire, offre le couvert gratuitement à plus de 40 000 visiteurs, sikhs
ou non. Un exemple d’organisation, avec en prime une machine à chapati. Dans chaque temple, et plus particulièrement au Temple d’Or, les propos du guru Nanak, réunis dans un livre sacré, sont
psalmodiés toute la journée par des laïcs, hommes ou femmes. Le sikhisme n’a pas de moine, chacun et chacune suivant les préceptes du Livre Sacré et de leurs gurus.
Les Sikhs sont nombreux dans l’armée indienne, brillant par leurs vertus guerrières. Ils sont aujourd’hui très présents dans le commerce et les services. Amritsar offre aussi un spectacle
étonnant. A 30km de la ville, à Attari plus exactement, le poste- frontière Indo-pakistanais met en scène la fermeture quotidienne entre les 2 pays. Assis sur des estrades, les jeunes indiens
attendent la descente des 2 drapeaux sous les derniers tubes à la mode et sont même autorisés voire encouragés à venir danser devant les grilles de
la frontière. Un spectacle déroutant, en patientant de la furtive poignée de main entre les 2 frères ennemis.
L’Inde a connu aussi la naissance d’une autre religion, le Bouddhisme, dans le Nord de l‘Inde (le Bihâr), où naquit le futur Bouddha et y développa sa philosophie. Mais c’est dans l’Himachal Pradesh, à Dharamsala plus précisément, qu’une communauté tibétaine a trouvé refuge en 1959 après 10 ans d’invasion chinoise au Tibet. Aujourd’hui siège de la communauté tibétaine en exil, c’est Nehru qui offrit l’asile politique au Dalai Lama dans une région indienne himalayenne déjà majoritairement bouddhiste. La mobilisation est à son comble en vue des J.O. chinois et la répression féroce du 10 mars 2008 au Tibet, faisant 14 victimes mutilées par les autorités chinoises, est tous les jours dénoncée par des marches rassemblant moines et refugiés dans Mac Leod Ganj. C’est d’ailleurs à Mac Leod, dans le monastère de Tsuglagkhang, dénommé le « petit Lhassa » que le Dalai Lama donne conférence à certaines périodes de l’année et s’y reposent également de ses voyages à travers le monde. Parfaitement organisés, les tibétains tentent de faire perdurer leur culture sur leur terre d’accueil. Une association, le T.C.V. (Tibetan’s Childrens Village) créé à l’origine pour les orphelins des 1,2 millions de tués en 1959 au Tibet, est une école, cantine, internat pour les élèves venant de loin et formation d’instituteurs.
Les treks n’étant pas encore possible dans la région de Dharamsala, où les cimes sont encore trop enneigées, nous partons pour la Vallée de Parvati vers Kullu, afin de trouver une randonnée de 6 à 8 jours. Nous faisons halte à Mandi afin de couper du voyage en bus local, fatiguant, stressant et poussiéreux. Mandi est une ville peu touristique, nous comptions y trouver quelques informations sur les randonnées possibles mais aucune infrastructure ne semble avoir pris ce créneau. Nous en profitons tout de même pour visiter les temples shivaïstes aux bords de la Beas, rivière séparant Mandi en 2. Nous reprenons la route direction Kasol, en espérant que nous irons plus rapidement que les 7h et 110 km séparant Dharamsala de Mandi. Mauvaise pioche ! La route est encore en plus mauvaise état et nous attaquons les premiers km, debout, accrochés comme des singes aux barres du plafond. Heureusement le supplice ne durera pas trop longtemps et nous arriverons au cœur de la vallée de Parvati, fatigués et poussiéreux mais sous un soleil radieux et vue sur les montagnes enneigées.