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Le blog de debocedric
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Calcutta et le Delta du Gange

Nous arrivons à Calcutta après une nuit de train. Nous filons vers Sudder Street, adresse de tous les hébergements routards de la ville. Nous y sommes dès 7h30 et les rabatteurs sont déjà à pied d’œuvre. Nous passons en revue les différentes chambres d’hôtel de la rue qui s’enchainent et se ressemblent toutes : sales, humides et défraichies. Nous atterrissons au Maria Hôtel, une « référence » du Lonely planet, mais pas de discussion sur les prix, il est toujours plein. Ca reste tout de même relativement propre et à un prix raisonnable. Une fois installés, nous partons à l’assaut de Calcutta, qui a une image particulière dans l’esprit des voyageurs. Entre Mère Teresa, Dominique Lapierre et sa « Cité de la Joie », la description de Naipaul d’un Calcutta des 80’s, on s’attend un peu au pire. Apres avoir sillonné l’Inde durant plus de 3 mois, rien n’est pire mais rien n’est mieux ici qu’ailleurs, la misère est omniprésente, des familles entières sur le trottoir dans la saleté et les ordures. Mère Teresa aurait pu tout aussi bien fonder ses Missionnaires de la Charité à Bombay, Delhi, Agra ou bien d’autres villes encore. Seule particularité que nous n’avons vu dans aucune autre cité, ce sont les rickshaws tirés à bras d’homme. Dénoncés par des organisations comme une profession deshumanisante et dégradante, elles avaient obtenu leur interdiction d’exercer. Mais à défaut d’autre travail à leur proposer, ces hommes continuent leurs courses, grelot au poignet, conservant leur véhicule comme leur seul bien. Bien souvent même, nous les apercevons s’endormir dedans à la nuit tombée. Selon des explications diverses et confuses, Calcutta serait exempte de cette interdiction, propos se voulant peut être rassurants pour le touriste. En tous les cas, ces rickshaw-wallah sont très répandus dans le quartier du Old et New Market, et les voir courir pieds nus ou en claquette reste toujours une des images ambiguës de l’Inde d’aujourd’hui.

Dès notre arrivée, nous nous disons qu’une semaine complète à Calcutta même pourrait être longue. Nous projetons de nous rendre dans une réserve classée au Patrimoine Mondiale par l’Unesco, la Sundarbans Tiger Reserve. Mauvaise nouvelle, les circuits organisés par l’Office du Tourisme du West Bengal ne fonctionnent qu’entre Octobre et Mai. Mais on nous confirme qu’il est possible de nous y rendre par nous même, en indépendant, chose qui n’est pas pour nous déplaire. Il nous faut auparavant obtenir un permis délivré par l’Administration du Département des Forêts, se trouvant dans le Writer’s Building, un superbe bâtiment colonial fin 18ème. Arrivés devant cet édifice rouge et blanc, nous entrons dans l’antre de l’Administration Indienne. Il nous faut signer 3 registres, on nous donne en échange un bout de papier qui indique notre destination. Il est estampillé, signé, tamponné puis déchiré, c’est bon nous pouvons entrer ! Il faut alors trouver le département des Forêts. Heureusement, on nous guide joyeusement. C’est alors que s’ouvre sur nous le merveilleux spectacle d’une administration archaïque, désorganisée, délabrée mais au demeurant fort sympathique. On nous offre le thé, cela devrait être long !!! Effectivement, je remplis le papier qui m’est fourni, il ne manque plus que la signature du chef, assis au bureau juste derrière nous. Il est en train de fumer cigarettes sur cigarettes et le chemin à parcourir jusqu'à lui semble périlleux car cela mettra une heure ! Nous avons donc l’occasion d’assister à ce tableau merveilleux de bourdonnement, de tourbillon, de brassage de l’air dans une grande salle d’une vingtaine de personnes. Des piles de dossiers s’amoncellent sur les coins des bureaux mais peu sont effectivement ouverts durant notre venue. Un cireur de chaussure officie dans le couloir, à coté du fabriquant de bureau de contreplaqué, qui scie et pointe les planches. Le rangement ou plutôt devrait-on dire l’archivage semble totalement inexistant. Il est remplacé par le mot « empilage poussiéreux » dans des armoires bancales. Un vrai capharnaüm quoi ! En tous les cas, l’ambiance est au beau fixe car ça rigole, ça blague… Certaines mauvaises langues diront que notre administration n’est pas mieux. Même si nous sommes de parti pris, rien n’est comparable à ce que nous avons vu, ce ressemblait plus à du Mr Bean qu’autre chose, mais passé le moment de rire que nous a procuré cette scène, elle prête aussi aux larmes de tristesse lorsque l’on considère que toutes les décisions importantes d’un état comme le Bengale se décide ici et ainsi.

Enfin nous sommes en possession du fameux sésame et partons le lendemain matin pour la réserve. Le guide décrit le chemin comme long et fastidieux pour qui voudrait se débrouiller par ses propres moyens. Nous quittons Babu ghât de Calcutta, une des gares routières, pour Sonakhali. Le bus n’est pas direct, il nous faudra en trouver un autre à Sarberia, mais la connexion se fait bien. Par contre, la conduite indienne est toujours aussi dangereuse et nous gâche le voyage. Plus le chauffeur est sur une route encombrée, plus il accélère et klaxonne, il semble en effet très enclin à montrer la puissance de son bus délabré face à des modiques cyclos, piétons ou petits véhicules répandus en Inde. Après Sonakhali, il faut prendre un bateau faisant la liaison avec Gosaba ; une embarcation de fortune pouvant contenir, comme toujours dans ce pays, plus qu’il n’est possible.
Puis à Gosaba, il faut marcher ou prendre un cyclo-rickshaw pour rejoindre le point d’embarcation, Parkhirala, pour Sajnekhali, porte d’entrée de la réserve. S’y trouve aussi la Lodge gérée par le Gouvernement, seul hébergement indiqué sur les guides. Le trajet en lui-même a un goût d’aventure avec ses différents moyens de locomotion, mais reste très agréable et pas si difficile qu’il n’y paraît. Il faut juste un peu de temps car tout cet enchainement nécessite une bonne journée ; nous sommes effectivement partis de Calcutta à 6h30 pour arriver à Sajnekhali à 15h, ce pour parcourir …130 km. Nous sommes alors à l’orée de Sundarbans. Cette réserve est englobée par le delta du Gange qui se jette dans le Golfe du Bengale. On s’y rend principalement pour tenter d’apercevoir les fameux tigres du Bengale (274 comptabilisés en 2004 sur une superficie de 2585 km², nos chances sont minces !). Mais l’intérêt réside aussi dans la balade en bateau à la découverte de la mangrove où se tapissent félins, crocodiles, varans et oiseaux.  L’hébergement gouvernemental est quant à lui onéreux, délabré et très sommaire. Il faut de plus s’acquitter d’une taxe à l’entrée du parc national lorsque l’on passe une nuit dans la réserve, alors que des petits hôtels installés sur l’autre rive en sont exonérés. Pas toujours très logique !!! Il nous faut encore trouver un bateau pour l’expédition du lendemain. Etant les seuls touristes, nous espérons faire baisser un peu les prix. Que nenni ! Le soir même, la providence place sur notre route un indien photographe qui nous propose de partager les frais de son bateau pour le lendemain. Le partage est très largement en sa faveur mais nous nous y retrouvons aussi, le marché est donc conclu. Nous embarquons donc pour voguer sur les canaux, tentant d’apercevoir un  « gros minet » ». Des filets ont été posés aux alentours des villages et habitations. Avant cette mesure, près de 300 villageois périssaient chaque année d’attaques de tigre. Pêcheurs, apiculteurs, agriculteurs ont aussi pris l’habitude de travailler avec des masques figuratifs humains sur l’arrière de la tête, les tigres n’attaquant pas s’ils se sentent observés. Notre bestiaire s’enrichit d’un varan et bon nombre d’oiseaux mais pas de gros chat tigré. Nous partons tout de même heureux de notre escapade au calme.

Nous rentrons par Gosaba, où nous dormirons, en traversons à pied des villages typiques et des habitants très amicaux. Cédric en profite même pour tenter sa chance à la pêche de petites fritures avec 2 mamies du coin, utilisant elles aussi le fameux appât « Mamie Beulay ».
Nous prenons le bateau le lendemain matin, tôt, pour rejoindre cette fois Canning,  utilisant la voie ferroviaire pour le retour. Nous nous y sentons plus en sécurité que dans les bus. Il est assurément bondé et à la fin du trajet, nous apprenons qu’il est d’usage d’échanger sa place avec un camarade debout après une heure.  Nous nous serions bien volontiers pliés à cette pratique si nous en avions eu connaissance plus tôt, ou alors déjà expérimentée. Or c’est bien la première fois que nous assistons à une telle entraide dans un train, où règnent habituellement la loi de la Jungle. Nous retrouvons Calcutta, son bruit, ses odeurs, ses bâtiments… Nous déambulons pour les quelques jours qui nous restent dans Park St. Nous partons à la découverte des temples Jains, toujours aussi sophistiqués et propres.
 Nous errons autour du Temple de Kali, déesse qui a donné son nom à la ville (Kali kata = Kali ghât = Kolkata). Tous les matins, des chèvres y sont égorgées et le sang donné en offrandes à la déesse sanguinaire et vengeresse. Jadis centre de la Compagnie des Indes et port prospère,  les Britanniques lui ont préféré Dehli comme capitale et l’ont laissé péricliter depuis le XXème siècle. La Partition a aussi fort décru son activité portuaire et amené des milliers d’émigrants fuyant le Pakistan Oriental (Bangladesh actuel) en s’entassant dans des bidonvilles. Pourtant, Calcutta a connu une effervescence culturelle et artistique peu égalée en Inde. Rabindranath Tagore, nobélisé en 1913, en fut le plus célèbre exemple.

Calcutta a pour nous  un petit air du chant du cygne. Nous la quittons par la gare de Howrah, une des plus grandes gares d’Inde, toujours dans le même style colonial en brique rouge et liseré blanc. Un voyage de 2 jours et 2000 km en train nous conduira vers notre ultime point, Bombay, qui nous a accueillis il y a 5 mois de cela.

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