19 Juin 2008
Nous arrivons enfin à Pokhara où nous trouvons le calme, les hébergements sont à couper le souffle à comparaison des hôtels indiens. Nous sommes réveillés par le chant des oiseaux. Cela ne nous été pas arrivé depuis longtemps. Ces 3 jours nous permettent ainsi de préparer sereinement le trek dans la région de l’Annapurna. Même si le parcours permet de se sustenter dans les villages où restaurants et lodges foisonnent, il nous faut trouver de quoi dépanner (barres céréales, fruits secs, riz, café… qui seront bien plus difficiles à trouver en altitude). Il nous faut aussi nous équiper pour la pluie, début de saison de Mousson oblige, notamment en pantalon de pluie Goretex. Enfin et surtout, il nous faut le permis d’entrée dans le Parc National de l’Annapurna de 2000 rph (≈ 20 €) par personne.
Sans porteur ni guide, il nous faut un peu mentir afin d’obtenir cette autorisation sans encombre, même si les autorités ne sont pas très regardantes. Nous sommes fin prêts à décoller pour le 21 Mai. Mais c’était sans compter les aléas intestinaux inhérents à l’acclimatation culinaire du nouveau pays. Rien de bien grave mais une journée de repos est nécessaire, d’autant qu’une légère secousse sismique est ressentie dans la nuit même. Aucun corollaire mais nous décidons de reporter notre départ d’une journée. Le 22 Mai au matin, dès 5h30, nous rejoignons la gare routière afin de prendre le bus pour Besishahar – point de départ du trek « Round Annapurna ». Nous y arrivons à 10h30, 1er Check post à passer, marquant notre entrée dans la zone de Conservation de l’Annapurna. 
Nous sommes 5 étrangers à commencer le trek ce jour-là, ce qui est un assez bon nombre étant donné que nous sommes « Hors-saison ». Nous sommes par contre les seuls à marcher directement de Besishahar. Les autres prennent un autre bus local sur la piste cahotante qui les mène à Bhulbhule. Notre 1er jour, encore un peu fatiguée pour ma part et pas très en jambe, nous mènera à Ngadi, où nous serons les seuls et uniques trekkeurs du hameau. L’hébergement est souvent simple mais agréable et c’est surtout par la nourriture que les népalaises se distinguent. Tous les menus offrent un choix varié de plats locaux et occidentaux. Même à la plus haute altitude, un pizza Margherita faite maison est toujours possible. Souvent même, on nous fait une ristourne de 50%, voire la chambre gratuite, mais le contrat tacite est de toujours prendre ses repas chez son hôtesse.
Les premiers jours nous paraissent difficiles et nous avons du mal à tenir la Time table. Sûrement le manque de pratique sportive régulière ! Mais la marche n’est pas un sport que l’on oublie, et puis « un pas est un pas » (reprenant B.Poolvoerde dans Les Randonneurs). Le véritable attrait de cette randonnée est de découvrir des villages, dénués de tout autre accès que les sentiers partagés entre marcheurs, porteurs (par la tête essentiellement, et quelques 75 kg, en claquettes) et muletiers qui réapprovisionnent cuisines et échoppes. Dès Jagat, notre 2nde ville étape, les montagnes apparaissent et leurs flancs sont travaillés par les cultures en terrasse de riz, mais, millet… Déjà aussi nos premières montées qui dérouillent nos muscles ! Mais curieusement et heureusement, plus nous avançons, mieux nous nous sentons physiquement. Il est vrai que porter ses sacs en randonnée nécessite un peu de d’adaptation et rallonge les temps de marche. Entre Jagat et Bagarchap, les villages se dessinent, les maisons de pierre apparaissent. Il nous fallait encore passer par Tal, le quartier général des Maoïstes sur le parcours, où l’on doit normalement s’acquitter d’une taxe. Mais leur victoire aux élections ne donne plus de raison d’être à ce droit de passage. Nous n’en croisons effectivement aucun, même si le marteau et la faucille sont des attributs omniprésents. A Bagarchap, un vieux monastère bouddhiste domine le village d’une quinzaine de maison. Même si le Népal a pour religion d’état l’Hindouisme, nous sommes dans une région lamaïste. Des moulins à prière, stupas et gompas s’inscrivent dans le tableau que les montagnes nous offrent. 
Notre fil d’Ariane est la rivière Marsgyandi, approvisionnée par une multitude de cascades. La pluie quotidienne mais timorée nous rappelle que la saison de la Mousson approche, mais cela ne nous empêche pas de gravir nos 1100 m de dénivelé et 27 km par un détour à Thanchowk, un magnifique village posé sur un plateau vert de cultures à 2600 m d’altitude. Certains villages semblent totalement fermés, et nous passons sans nous en apercevoir devant le village de Bhatang. Nous poussons donc jusqu’au village suivant, soit 1h30 de plus pour rejoindre Dhukur Pokari, juste avant Pisang, où une affectueuse mamie népalaise nous ouvre sa cuisine et la chaleur de son poêle à bois. Le lendemain, nous arrivons à Manang, le point d’ancrage des trekkeurs avant la montée vers le col. Ce village a gardé toute son authenticité malgré le développement touristique. Il recèle effectivement des trésors : une vue exceptionnelle sur le Gangapurna a 7 454 m, des adresses sympathiques et des boulangeries aux pains frais, croissants, chocolatines, avec quelquefois du fromage de Yak à la coupe… Mais avant de telles réjouissances gustatives, nous partons pour une petite acclimatation au Tilicho Lake, le plus haut lac du monde perché à 5 000 m d’altitude. Il faut une journée de marche sur un sentier quelques fois tres escarpé pour accéder au camp de base. C’est surtout la partie des landslides (éboulements, glissements de terrain), qui est très impressionnante et à laquelle il faut être vigilant. Nous passons par le village de Khangsar puis par le Monastère Thar. Nous partons le lendemain matin, un Dal Bhat de la veille fait avec les moyens du bord, et à 5h30, entamons la montée vers les 5 000 m du Tilicho Lake.
C’est un vrai régal car il fait un temps magnifique, nous permettant de voir et d’être émerveillés par le Tarke Kang, 7 202 m, le Khangsar Kang, 7 485 m, et le Tilicho peak à 7 134 m. En partant de plus au lever du soleil, nous réveillons les Yaks sur le sentier en suivant un troupeau de Blue Sheep (je ne connais pas le nom français). Nous trouvons la neige sur la dernière partie de l’ascension. La montée est longue et régulière et se fait lentement, altitude oblige ! Le spectacle est vraiment impressionnant. Nous avons même droit à une petite avalanche sur un flanc du Tilicho peak. Nous redescendons ébahis et nous sommes tellement galvanisés par cette vue que, nous sentant pousser des ailes, nous décidons de rentrer directement à Manang, soit 33 km et 11 h après notre ascension, nous retrouvons notre agréable guest-house. Cela valait bien une journée de repos dans le village. Et comme il ne faut pas rester inactif, nous faisons une petite grimpette au monastère « Pocho Gompa », construit par Guru Rimpoche, le fondateur du lamaïste et branche du bouddhisme.
Nous quittons nos pains au chocolat pour l’ascension du Thorong-La à 5 416 m – passage ardu de la vallée de la Marsgyandi à la Kali Gandaki. Avant la traversée du col, nous stoppons à Thorong Phedi où le refuge bien agréable offre, à 4450 m, toute l’hospitalité nécessaire avant une rude ascension. A l’aube, nous partons pour une longue montée de 1 000 m, sans la pluie qui nous épargne heureusement. 4 h après notre départ du camp, nous posons devant la pancarte du Thorong-La.
Il ne fait pas très chaud à 5 400 m d’altitude et redescendons vite, d’autant plus que la pente est longue et raide jusqu'à Muktinath. Ce village est un sanctuaire bouddhiste et hindouiste, ouvert seulement en 1976 aux randonneurs. Le paysage varie alors étrangement. Précédemment entourés de forêts de pins et des cultures en terrasses, le passage de col nous fait basculer aux portes du Mustang, zone contrôlée et où le nombre des randonneurs est strictement limité. La vallée de Kali Gandaki s’ouvre alors en un secteur désertique et très venteux. 
Les flancs des montagnes ne révèlent aucune forêt et la vallée elle-même n’offre que peu de végétation. Nous avons néanmoins une vue sur la brèche la plus profonde au monde, flanquée du Dhaulagiri (8 172m) à l’ouest et de l’Annapurna I (8 091 m) à l’est. Nous poussons même un peu plus loin que Muktinath pour dormir à Jharkot, dans une auberge tenue par une famille tibétaine. Nous découvrons aussi le rakshi, alcool de riz local, appelé « vin local ». C’est sous cette appellation que Cédric se fit tenter. C’est en fait un bon vieux digestif… Réchauffés par le Rakshi et le Calva de Ludo Lefan, nous continuons vers Marpha, la capitale de la Pomme et de l’alcool du même fruit. Nous quittons aussi la zone désertique et nous nous enfonçons dans la Kali Gandaki, retrouvant vergers et forêts. Nous sommes alors dans la région des Thakalis, ethnie spécifique à cette vallée, passant par Tukhuche, leur chef-lieu et ancien quartier général de Maurice Herzog pour sa conquête de l’Annapurna I le 3 juin 1950. A Kalopani, les maisons sont typiques de pierre, badigeonnées à la chaux blanche et aux terrasses bordées de bois pour l’hiver. Malheureusement, cette partie du trek tend à se dénaturer : avec un aérodrome à Jomson et une piste amenant les touristes en 4x4 jusqu’aux portes du Mustang, les courageux marcheurs tendent à se raréfier, qui plus est en saison des pluies. Nous partageons donc le sentier avec les jeeps, à défaut des mules sur la première partie. Les paysages restent toujours aussi beaux. Et nous arrivons à Tatopani le 13ème jour et 235 km parcourus. Cette ville qui porte bien son nom avec ses sources d’eau chaude (Tato=chaud, pani=eau) offre un excellent endroit pour prendre du repos. 
Nous pouvons en effet nous délasser tranquillement dans ces bains naturels, avant d’amorcer la deuxième partie de la boucle autour de l’Annapurna. Elle nous conduira vers le Sanctuaire où le panorama nous offrira, si le temps est avec nous, une vue sur 14 sommets de plus de 7 000 m !!! Mais nous vous raconterons tout cela dans le prochain article. Pour éviter le mal des montagnes, il faut y aller tout doucement…